TINDER
UNE DÉCENNIE
À SWIPER

L’application Tinder, qui célébrait récemment ses 10 ans d’existence, est venue bousculer les codes des rencontres en ligne, pour le meilleur comme pour le pire.

«Il y a 10 ans, les gens avaient encore honte d’admettre qu’ils s’étaient rencontrés sur un site de rencontre, constate Louise Sigouin, experte en accompagnement relationnel.
Tinder est devenu tellement populaire qu’il a rendu socialement acceptable la pratique du dating en ligne.»

Tinder
en chiffres
Tinder demeure l’application de rencontre la plus populaire au monde : présente dans 190 pays et téléchargée plus de 530 millions de fois depuis sa création
CHIFFRES FOURNIS PAR TINDER
75 milliards
de matchs depuis 2012
1 milliard
de swipes par jour
1,5 million
de rendez-vous par semaine

Dix ans après son lancement, le 12 septembre 2012, Tinder revendique en effet 530 millions de téléchargements et 75 milliards de matchs dans le monde.

«Des termes comme swiper ou matcher sont entrés dans la culture populaire, souligne Carl Rodrigue, doctorant en sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

L’application a su bousculer les codes et s’imposer comme une référence.

Beaucoup de gens ont utilisé Tinder au moins une fois ou connaissent une personne dans leur entourage qui l’utilise.»

LE SUCCÈS
PAR LA SIMPLICITÉ

Un succès qui s’explique en partie par la simplicité de son utilisation : une fois l’application lancée, la photo d’une personne célibataire s’affiche, et l’utilisateur a deux choix : balayer l’écran – ou swiper– à gauche si la personne lui plaît, ou à droite si elle ne lui plaît pas.

«C’était beaucoup plus pratique que les sites de rencontre traditionnels, se souvient Katy Goyet, ancienne utilisatrice de Tinder.

J’avais juste à sortir mon téléphone pour commencer à faire défiler les profils», raconte celle qui a matché en 2017 avec l’homme devenu son mari et le père de ses enfants.

«En filtrant les partenaires potentiels en fonction de la photo et de la ville (géolocalisation), Tinder a parfaitement répondu aux attentes de l’époque», assure Madeleine Pastinelli, professeure titulaire au Département de sociologie de l’Université Laval.

«Les sites de rencontre qui existaient déjà, comme Réseau-Contact, avaient mis l’accent sur les intérêts communs et relégué l’aspect physique au second plan. Après beaucoup de rendez-vous à l’aveugle, les gens se sont aperçus qu’ils n’étaient pas capables de faire abstraction de ce critère», ajoute-t-elle.

Illustration
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6 couples qui ont trouvé l’amour de leur vie sur Tinder
Illustration Carina Lindmeier, AdobeStock
Katy & Olivier
Katy & Olivier
Inscrite
«par curiosité»

Après avoir été en couple pendant 10 ans, Katy Goyet n’avait absolument aucune attente lorsqu’elle s’est inscrite sur Tinder, à la suite de sa rupture avec son ancien conjoint.

«Je ne cherchais pas vraiment le grand amour, je me suis inscrite par curiosité et par besoin de divertissement au départ, reconnaît cette résidente de Repentigny.

Nouvellement monoparentale, je n’avais pas beaucoup de disponibilités, et je doutais du sérieux possible des rencontres. Je cherchais aussi à reconstruire mon estime personnelle.»

Inscrite en octobre 2016 sur l’application, elle a passé les premiers mois à enchaîner les rendez-vous décevants.

«Les premières semaines, j’ai eu quelques rencontres, mais rien d’accrocheur, raconte cette technicienne juridique.

Aucune ne m’avait donné le goût de m’investir dans une relation à long terme.»

Elle finira par matcher avec son futur mari, Olivier Martin, en juillet 2017.

«J’ai bien fait de persister sur l’application, car j’ai rencontré un homme merveilleux qui a su gagner ma confiance, se réjouit la Repentignoise.

Lui s’était inscrit sur Tinder pour du sérieux, dans le but de trouver l’amour avec un grand A.»

Après un an de fréquentations, les deux tourtereaux ont finalement décidé d’emménager sous le même toit de manière définitive.

«Nous avons eu un charmant garçon de 18 mois ensemble, et nous venons tout juste de nous marier.

J’ai d’autres amis qui ont fait de très belles rencontres sur Tinder également.»

Jeanne & Daniel
Jeanne & Daniel
Elle déménage au Québec

Si on lui avait dit il y a quelques années qu’elle rencontrerait son âme soeur sur Tinder, Jeanne Wurmser n’y aurait pas cru une seule seconde.

De son propre aveu, elle n’avait même «aucun espoir d’y trouver une relation sérieuse».

Venue étudier au Québec depuis la France, la jeune femme de 24 ans a finalement rencontré Daniel Sehayek, son conjoint canadien, grâce à l’application.

«Pour notre première date, en janvier 2021, j’ai dû traverser une tempête de neige pour me rendre chez lui, se rappelle-t-elle. C’était vraiment un coup de foudre !»

Alors qu’elle était repartie en France après avoir terminé sa maîtrise en aménagement de territoire à l’Université Laval, elle a finalement décidé de revenir au Canada pour vivre pleinement son idylle avec son compagnon.

«Cette rencontre a accéléré mon retour ici, et m’a convaincue d’y rester pour de bon, raconte la Française, qui réside désormais avec son conjoint à Québec. On a un mode de vie très similaire et on partage les mêmes valeurs, c’était le match parfait !»

Si le jeune couple envisage le mariage, les enfants ne sont pas encore au programme. «Mais on veut plusieurs chiens et chats dans le futur, ça, c’est sûr !»

Alexandre & Lydia
Alexandre & Lydia
Une semaine pour trouver l'amour

En la voyant s’enliser dans une longue période de célibat, une amie avait mis au défi Lydia Vincent-Dubé de s’inscrire sur Tinder pour tenter de retrouver l’amour.

«Elle devait rester sur l’application au moins une semaine, et si elle ne trouvait personne au bout des sept jours, elle était autorisée à désinstaller», raconte son conjoint, Alexandre Brunelle.

«La dernière journée de son défi, alors qu’elle s’apprêtait à supprimer Tinder, elle est tombée sur moi. J’ai eu de la chance !» se réjouit ce gestionnaire d’une société de déneigement, qui file désormais le parfait amour avec sa dulcinée.

Après un premier rendez-vous réussi au restaurant St-Hubert de Pointe-aux-Trembles en 2016, le couple a depuis acheté une maison ensemble à Sainte-Julienne, et a donné naissance à deux enfants, Sarah, née en 2019, et Félix, né en 2021.

Ann-Frédérique & Kévin-Pierre
Ann-frédérique & Kévin-Pierre
Un premier et heureux match

Ann-Frédérique Neveu fait partie de cette génération pour qui les rencontres en ligne sont devenues monnaie courante.

Alors âgée de 18 ans, la jeune femme a rencontré son premier et seul petit ami grâce à Tinder, en 2016.

«Je n’avais jamais eu de copain avant, il aura suffi d’un seul match !» plaisante cette jeune résidente de Rawdon, toujours en couple avec son conjoint, Kévin-Pierre Talbot-Yasconi, à ce jour.

Cette étudiante au baccalauréat en droit explique qu’elle n’avait pourtant aucune attente au début de leur relation.

«Nous avons discuté une semaine par écrit avant de nous voir, et j’ai finalement proposé qu’on aille souper après lui avoir présenté ma mère en premier lieu, raconte-t-elle en souriant.

Par la suite, on a continué de se voir durant un mois sans trop réfléchir, avant que les choses finissent par devenir plus sérieuses entre nous.»

S’ils filent le parfait amour aujourd’hui, les deux tourtereaux n’ont toutefois toujours pas osé avouer à leur famille qu’ils s’étaient rencontrés sur l’application.

«On a simplement dit que c’était grâce à des amis communs, détaille Ann-Frédérique.

Mais la majorité de nos amis le savent, et trouvent d’ailleurs incroyable qu’un couple arrive à tenir six ans ensemble après une rencontre sur Tinder, ils trouvent ça inspirant !»

Après six années de vie commune, les amoureux ont beaucoup de projets d’avenir.

«On va se bâtir une maison ensemble et on a déjà le chien, c’est un début ! s’enthousiasme la jeune femme aujourd’hui âgée de 24 ans.

Je n’aurais jamais pensé que je rencontrerais l’homme de ma vie sur Tinder.»

Sylvain & Laurie
Sylvain & Laurie
S’aimer malgré les épreuves

Après s’être rencontrés sur Tinder en 2015, Laurie et Sylvain Courtiol se sont mariés trois ans plus tard.

Grâce à un don d’embryon, les époux qui résident à Québec ont même donné naissance à leur premier bébé en 2022.

«On a traversé la maladie, le retour aux études, l’achat d’une maison et l’infertilité ensemble, on est la preuve vivante que Tinder peut faire des couples forts !», se félicite la femme de 40 ans qui admet toutefois avoir eu des réticences à s’inscrire sur l’application au départ.

«Les histoires que j’entendais relevaient plus des films d’horreur que du conte de fées, plaisante- t-elle. Aujourd’hui, notre entourage nous taquine souvent sur le fait que l’on se soit rencontrés grâce à une application de rencontre.»

RELATIONS ÉPHÉMÈRES

Malgré son succès, beaucoup perçoivent toujours l’application comme une sorte de «supermarché» de l’amour en ligne.

«Tinder donne l’illusion aux usagers d’une abondance de choix, souligne Karl Rodrigue. C’est un cercle vicieux, car d’une certaine manière, cela les incite à continuer à magasiner, et donc à les rendre plus indécis.

Il y a toujours une partie de vous qui peut se dire qu’elle trouvera quelqu’un de mieux en continuant à swiper.»

Un constat que partage Sylvie Gendron, 59 ans, qui avait pourtant décidé de laisser une chance aux applications de rencontre, à la suite d’une rupture survenue après 30 ans de mariage.

«J’ai arrêté d’utiliser ces applis, car c’est plus que déprimant, confie-t-elle. C’est une vraie jungle d’amour jetable, car les gens ont beaucoup de choix. Ils ne s’engagent pas au-delà d’une ou deux rencontres.»
— Sylvie Gendron

Si elle reconnaît que les applications de rencontre ont pu rendre les gens plus exigeants et sélectifs, Madeleine Pastinelli assure toutefois que Tinder a pu apporter plus de liberté à certaines personnes.

«L’application a démultiplié les situations de rencontre, ça a facilité les choses pour beaucoup de personnes, tempère-t-elle.

C’est une option supplémentaire aux rencontres plus conventionnelles. Les gens n’ont pas arrêté de se mettre en couple et de faire des enfants pour autant, et beaucoup de relations stables sont nées de Tinder.»

10 ANS DE PLUS ?

Un rapport publié en août par le Financial Times affirmait que les célibataires de la génération Z délaissaient de plus en plus Tinder au profit d’autres applications, plus centrées sur la santé mentale de ses utilisateurs.

«L’expérience amoureuse sur Tinder peut être très éprouvante, car on est constamment mis en situation de se faire évaluer, explique Louise Sigouin. La personne en face peut décider de nous rejeter ou de ne plus nous répondre du jour au lendemain, ce qui peut être très douloureux pour certaines personnes. Beaucoup de gens veulent prendre de la distance par rapport à la pression entourant le dating.»

Illustration Illustration
Illustration Carina Lindmeier, AdobeStock

Ironiquement, pour séduire la jeune génération, l’application a même introduit en 2022 le blind date, ou rendez-vous à l’aveugle.

«Nous avons lancé cette fonctionnalité pour répondre aux demandes de la génération Z (nés entre 1997 et 2010) d’avoir accès à plus de connexions authentiques», détaille Sheldon Bachan, responsable des communications de Tinder.

«On peut s’attendre à ce que Tinder soit bousculé par les pratiques sociales au cours des prochaines années, on observe déjà des nouvelles tendances, analyse Mme Pastinelli.

Le slow dating ou les plateformes centrées autour d’intérêts communs auront sans doute un bel avenir.»

Crédits

Recherche et rédaction : Youri Nabbad
Design : David Lambert
Animation : Alexandre Pellet
Intégration web : Cécilia Defer
Direction création contenus : Charles Trahan